· Lucie Dewaleyne · Blog  · 3 min read

Anguilla, Tuvalu : des noms de domaine qui valent de l’or

Quand deux lettres deviennent une stratégie économique.

Anguilla : le jackpot du .ai

Anguilla c’est une île de 100 km², moins de 20 000 habitants, un territoire britannique d’outre-mer dans les Caraïbes. Cette île a longtemps été connue pour ses plages paradisiaques mais elle s’est découvert une nouvelle mine d’or : son extension internet nationale, le .ai

Attribué dans les années 1990 par l’ICANN, le code pays d’Anguilla est devenu stratégique avec l’explosion de l’intelligence artificielle (comme la France possède le .fr).

140 dollars… multipliés par des milliers

Pour enregistrer un nom de domaine en .ai, il faut débourser environ 140 dollars pour deux ans et avec le boom de l’IA notamment du à l’effet ChatGPT à partir de 2022 : la demande a explosé.

Résultat :

  • 30 millions de dollars estimés en 2023
  • Plus de 100 millions de dollars en 2024
  • En 2024, près de 23 % du PIB de l’île provenait des ventes de domaines .ai

À l’échelle d’un territoire de 16 000 habitants, cela représente environ 6 200 dollars par citoyen. Un cas d’école de monétisation d’un actif numérique souverain.

Du hasard administratif à l’avantage compétitif

Au départ, rien de stratégique. Juste une attribution standard d’un ccTLD (country code top-level domain) comme .fr ou .uk

Mais dans l’économie numérique, la symbolique compte autant que la technique.

Aujourd’hui :

  • Des milliers de startups IA choisissent .ai pour affirmer leur positionnement
  • Le taux de renouvellement avoisine les 90 %, garantissant un revenu récurrent

Anguilla ne vend pas de technologie, elle vend un signal et ce signal est devenu une marque mondiale.

Une transformation économique concrète

Cette rentrée d’argent permet au gouvernement d’investir massivement :

  • Extension de l’aéroport
  • Soins gratuits pour les seniors
  • Programmes de formation technique
  • Réserves pour catastrophes naturelles

Le .ai devient ainsi un levier de diversification dans une économie historiquement dépendante du tourisme.

On passe d’un modèle fragile (plages + météo) à un modèle hybride (tourisme + économie numérique).

Tuvalu : le précédent du .tv

Anguilla n’est pas un cas isolé, en effet, fans le Pacifique sud, Tuvalu (12 000 habitants) a bénéficié de son extension .tv

En 2020, les revenus du .tv représentaient près de 10 % du PIB du pays.

Mais le contraste est brutal : les scientifiques estiment que 95 % du territoire pourrait être submergé d’ici 2100 à cause de la montée des eaux… Face à cette menace, Tuvalu explore une piste radicale : devenir potentiellement la première nation dématérialisée, avec des services publics transférés dans le cloud, voire une existence dans le métavers.

Un paradoxe puissant : la technologie qui enrichit ces États est aussi liée aux dynamiques énergétiques et climatiques qui les fragilisent.

Ce que ça nous apprend (et pourquoi c’est stratégique)

Ces histoires illustrent trois réalités majeures :

1/ Les actifs numériques sont géopolitiques

Un simple code pays peut devenir un actif souverain stratégique.

2/ Le branding digital est un levier économique réel

Un suffixe peut signaler une expertise avant même qu’un site soit visité.

3/ La valeur naît de la convergence

Le .ai ne vaut rien sans l’essor mondial de l’intelligence artificielle.

La technologie crée l’opportunité. La gouvernance capte la valeur.

Une leçon pour l’économie numérique

Anguilla et Tuvalu montrent qu’à l’ère digitale : un territoire n’a pas besoin d’être grand pour être stratégique.

Il doit être bien positionné dans l’infrastructure du web. Deux lettres. Un registre. Une gestion intelligente.

Et une petite île devient un acteur clé de l’économie mondiale !

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