· Lucie Dewaleyne · Blog  · 6 min read

Musk c. Altman : trois semaines de procès, tout ce qui s’est passé

Le procès qui oppose Elon Musk à Sam Altman et OpenAI touche à sa fin. Trois semaines d’audience à Oakland ont mis sur la table des révélations inattendues, des témoignages explosifs et des contradictions qui embarrassent les deux camps. Voici le bilan complet.

Le contexte : une promesse de 2015 devenue litige de 2026

Tout remonte à la fondation d’OpenAI en 2015. Sam Altman convainc Elon Musk de contribuer à un laboratoire d’IA entièrement à but non lucratif : pas d’actionnaires, des recherches publiées en open source, une technologie qui « appartiendrait au monde ». Musk investit 38 millions de dollars sur cette base.

Dix ans plus tard, OpenAI est valorisée à 852 milliards de dollars et prépare son entrée en bourse, avec Microsoft à son capital pour 13 milliards. Musk attaque en justice : trahison de la mission, enrichissement injuste, entente anticoncurrentielle avec Microsoft.

Semaine 1 (28 avril – 2 mai) : Musk à la barre

Le procès s’ouvre le 27 avril devant la juge Yvonne Gonzalez Rogers. Musk passe trois jours à la barre, soit plus de sept heures de témoignage, dominées par une formule répétée : « On ne peut pas simplement voler une association caritative. »

Le contre-interrogatoire produit l’aveu le plus percutant de la semaine : Musk reconnaît que son chatbot Grok, développé par xAI, s’est entraîné par distillation sur les modèles d’OpenAI. Il minimise en affirmant que c’est « une pratique standard du secteur », mais la contradiction est posée : l’homme qui attaque OpenAI pour commercialisation abusive de l’IA nourrit ses propres modèles avec leurs données.

La défense rappelle aussi que Musk a fondé xAI en mars 2023, quelques jours avant de signer un appel public à un moratoire de six mois sur l’IA. Un moratoire qui aurait ralenti ses concurrents au moment précis où il démarrait.

Semaine 2 (5 – 9 mai) : OpenAI contre-attaque

Greg Brockman, cofondateur d’OpenAI, ouvre la semaine en retournant complètement le récit de Musk. Selon lui, Musk n’a pas été trahi par la création d’une filiale commerciale. Il a au contraire exigé le contrôle absolu sur cette structure, et l’a quittée quand on le lui a refusé. Brockman décrit une réunion tendue au cours de laquelle Musk, furieux de ne pas obtenir ce qu’il voulait, s’est levé et a fait les cent pas autour de la table.

Puis vient le témoignage le plus inattendu du procès : celui de Shivon Zilis, ex-membre du conseil d’OpenAI et mère de quatre enfants d’Elon Musk. Elle révèle que Musk a cherché à recruter Altman pour diriger un laboratoire d’IA chez Tesla, lui offrant même un siège au conseil d’administration de l’entreprise. En d’autres termes : Musk n’a pas quitté OpenAI par désaccord idéologique, mais parce qu’il voulait Altman sous sa direction à lui. Quand Altman a refusé, les relations se sont dégradées.

Zilis révèle aussi qu’elle a eu une relation avec Musk alors qu’elle siégeait au conseil d’OpenAI, et qu’elle ne l’avait pas déclaré à l’organisation. Une information connue depuis 2022, qui ajoute à l’impression de conflits d’intérêts généralisés dans cette affaire.

Semaine 3 (11 – 13 mai) : Nadella et Altman à la barre

Satya Nadella, PDG de Microsoft, témoigne le 11 mai. Il déclare que Musk ne l’a jamais contacté pour lui faire part de préoccupations concernant l’investissement de Microsoft dans OpenAI. Il révèle aussi une crainte interne : dans un email, il écrivait ne pas vouloir que Microsoft devienne « le prochain IBM » pendant qu’OpenAI deviendrait le prochain Microsoft, faisant écho à la domination de l’ère PC.

Sous contre-interrogatoire, Nadella admet n’avoir pas connaissance d’employés à temps plein au sein de l’entité non lucrative d’OpenAI avant mars 2026, ni de subventions, de recherches ou de technologies publiées en open source par cette entité. Un aveu qui affaiblit la thèse selon laquelle OpenAI aurait respecté sa mission originelle.

Sam Altman témoigne le 12 mai. Il se présente comme « un homme d’affaires honnête et digne de confiance », et démantèle la thèse de Musk point par point.

« La formulation ‘voler une association caritative’ j’ai du mal à même m’en emparer tellement elle ne correspond pas à la réalité. » – Sam Altman

Surtout, Altman renverse l’une des hypothèses centrales du procès : il affirme que Musk voulait 90 % des parts de toute entité commerciale créée autour d’OpenAI, et le contrôle total de l’organisation. « Ma conviction, c’est qu’il voulait garder ce contrôle à long terme », dit-il. Il ajoute qu’à son sens, Musk « ne comprenait pas comment diriger un bon laboratoire de recherche ».

Altman décrit aussi le licenciement surprise dont il a fait l’objet en novembre 2023 avant d’être réintégré sous la pression des employés et des investisseurs comme une « trahison incroyable ».

Ce sur quoi la juge doit trancher

OpenAI a-t-elle trahi sa mission non lucrative ? Le passage à une structure commerciale avec entrée au capital de Microsoft constitue-t-il une violation des engagements fondateurs ?

Enrichissement injuste ? Musk peut-il obtenir réparation au titre de ses donations initiales, alors que le fonctionnement à but non lucratif semble n’avoir jamais vraiment existé dans les faits ?

Entente anticoncurrentielle ? Le partenariat Microsoft-OpenAI viole-t-il les règles de la concurrence ?

Le jury de neuf personnes a un rôle consultatif. La décision finale appartient à la juge Gonzalez Rogers, attendue pour la mi-mai 2026.

Le procès révèle que:

Trois semaines d’audience montrent une chose avec clarté : les deux camps incarnent les contradictions qu’ils reprochent à l’autre. Musk attaque OpenAI pour avoir abandonné l’intérêt général, pendant que son propre modèle d’IA se nourrit de leurs travaux. OpenAI défend sa mission philanthropique tout en préparant une entrée en bourse à 852 milliards.

Ce procès n’est pas un combat moral. C’est un combat de pouvoir sur qui contrôle l’IA, et dans l’intérêt de qui. La décision de la juge pourrait créer un précédent pour toutes les organisations tech qui se présentent sous couvert d’intérêt général avant de pivoter vers le profit.

Et c’est là son véritable enjeu, bien au-delà de l’ego des protagonistes.

Sources : CNBC, MIT Technology Review, NPR, ABC7, GeekWire, Fortune, Al Jazeera, Axios (avril-mai 2026)

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