· Lucie Dewaleyne · Blog · 4 min read
Peter Thiel, Nvidia et l’IA : ce que les technologies durables ont vraiment en commun
Tout le monde regarde l’IA, mais Peter Thiel, lui, regarde comment elle s’intègre.
Qui est Peter Thiel ?
Peter Thiel est le cofondateur de PayPal avec Elon Musk et premier investisseur extérieur de Facebook, il a bâti sa réputation en pariant tôt et différemment. En effet, là où beaucoup cherchent la croissance rapide, Thiel cherche des systèmes capables de tenir dans le temps, même s’ils sont impopulaires au départ.
C’est ainsi que fin septembre 2025, une information passe presque inaperçue dans les dépêches financières : le fonds de Peter Thiel a vendu l’intégralité de sa position dans Nvidia, pour environ 100 millions de dollars (selon des documents réglementaires). Aucune déclaration publique, pas de tribune mais juste un mouvement net, une transaction silencieuse qui veut dire beaucoup dans un monde saturé d’annonces.
Nvidia n’est pas l’IA, elle est son sol
Pour comprendre ce geste, il faut sortir du récit dominant. Nvidia ne vend pas de l’intelligence artificielle, elle vend l’infrastructure qui la rend possible. En effet, ses GPU sont devenus la colonne vertébrale des modèles d’IA modernes : entraînement, inférence, data centers. Sans eux, l’IA ralentit alors qu’avec eux, elle accélère brutalement. C’est une position centrale, stratégique… mais aussi exposée car l’histoire de la tech est constante sur un point : l’infrastructure crée la rupture, mais capte rarement la valeur finale.
Ainsi on remarque que les systèmes d’exploitation ont éclipsé le hardware, que les plateformes ont éclipsé les protocoles et que les usages ont éclipsé les performances brutes.
Le vrai sujet n’est pas réellement Nvidia, c’est la couche suivante.
La vente de Thiel n’est pas un rejet de l’IA, bien au contraire c’est un déplacement du regard.
En effet son fonds a en parallèle de sa vente de part chez Nvidia renforcé des positions dans des entreprises comme Microsoft ou Apple qui sont des acteurs qui ne vendent pas “de l’IA”, mais des produits dans lesquels l’IA devient une fonction parmi d’autres. Et c’est là que le signal devient intéressant.
L’IA qui durera ne sera pas :
- la plus puissante,
- la plus impressionnante,
- ni la plus commentée.
Elle sera :
- bien intégrée,
- compréhensible,
- utile sans être visible.
Autrement dit : bien designée.
La performance brute est une dette, pas une promesse
Aujourd’hui, l’IA est encore souvent pensée comme un exploit technique, on cherche toujours plus de paramètres, plus de calculs, plus de puissance et plus de rapidité.
Mais cette logique a un coût :
- énergétique,
- économique,
- cognitif.
Chaque gain de performance non transformé en usage réel devient une dette.
Une dette que seuls des systèmes bien conçus peuvent absorber. En effet par exemple : OpenAI a créé ChatGPT comme on construirait une fusée : avec une puissance immense, mais un coût caché colossal. Car chaque question posée, chaque réponse générée consomme des serveurs, de l’électricité, des puces… et donc de l’argent. Plus ChatGPT devient populaire, plus cette dette invisible grandit : une dette technologique, énergétique et économique.
C’est ici que le design (au sens large) devient stratégique :
- design d’expérience,
- design d’interaction,
- design de systèmes.
L’IA ne crée de valeur que lorsqu’elle réduit la complexité, au lieu de l’augmenter.
Les technologies qui gagnent sont souvent invisibles
Les grandes ruptures technologiques ne s’imposent pas par leur bruit, mais par leur évidence.
On ne “voit” plus :
- le cloud,
- le GPS,
- les moteurs de recherche.
Ils fonctionnent. Ils disparaissent dans l’usage, et l’IA est en train de suivre le même chemin. Par exemple : Apple ne vous dit pas : “Voici notre modèle.” Apple vous dit : “votre téléphone fait mieux ce que vous faisiez déjà.” Et cela grâce à une IA intégré dans votre iPhone.
Microsoft ne te vend pas de la puissance brute.
Il te vend Word, Excel, Teams… avec une IA qui s’insère discrètement dans votre quotidien.
Elle ne gagnera pas parce qu’elle est spectaculaire, mais parce qu’elle sera indispensable sans être remarquée, c’est une réel couche invisible.
C’est exactement ce que semblent privilégier certains investisseurs expérimentés : la couche qui s’intègre durablement dans des écosystèmes solides.
Ce que le geste de Thiel nous rappelle, sans le dire
Dans un monde tech obsédé par la vitesse, les annonces et les promesses, ce mouvement rappelle une chose essentielle : les technologies qui durent ne sont pas celles qui brillent le plus fort au départ, mais celles qui s’intègrent le mieux dans le réel.
Ainsi on peut conclure que l’IA continuera d’avancer et que Nvidia restera centrale par sa production de puces notamment. Mais la valeur, elle, se déplacera vers ceux qui sauront transformer la puissance en expérience, et la complexité en simplicité.
Ainsi parfois dans un écosystème saturé de bruit, le signal le plus intéressant est celui qui se manifeste sans un mot comme ce changement de cap que Peter Thiel a pris en septembre 2025.
